Le cinéma québécois se rend jusqu’en Corée du Sud

La place du cinéma francophone en Corée du Sud

En 2016, M. Park a présenté un petit évènement autour des films de Xavier Dolan à Séoul. Comme j’ai à cœur d’encourager toutes les initiatives qui mettent en avant le talent d’ici, je l’ai contacté pour lui poser quelques questions. Et il a eu la gentillesse d’y répondre.

Heui-Tae Park est chercheur au CEF (Centre d’études francophones) et professeur adjoint au Département français de la SungKyunKwan University à Séoul. Il a obtenu un doctorat en études cinématographiques en France et a publié de nombreux ouvrages et articles sur le documentaire, les archives, le cinéma francophone et l’esthétique du cinéma. Il est membre du conseil d’administration de la Documentary Studies Association of Korea et de l’Association coréenne des études québécoises.

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Pouvez-vous nous dire si les Coréens ont un intérêt pour le cinéma québécois ? Et si oui, est-ce récent ?

C’est assez récent. Depuis que Xavier Dolan a réussi à s’imposer sur la scène internationale, des compagnies de distribution ont commencé à importer ses films. Par ailleurs, des films québécois sont régulièrement introduits à l’occasion du Busan International Film Festival (BIFF) et sont souvent projetés à nouveau l’année suivante à l’occasion de la Fête de la Francophonie organisée par l’ambassade du Canada et le bureau gouvernemental du Québec. Incendies (2010) de Denis Villeneuve a ainsi été projeté à l’initiative de l’ambassade du Canada et a remporté ensuite un succès relativement important. Mais le problème réside dans le fait que la plupart des spectateurs coréens n’ont pas conscience de l’origine québécoise de ces films.

Du peu que je sais, les Coréens allaient voir des films français par le passé, est-ce toujours le cas aujourd’hui ? 

Durant les années 1980, les films français sont effectivement souvent diffusés en salles en Corée du Sud. Mais aujourd’hui, les films européens (y compris les films français) n’occupent qu’à peu près 2 % du marché coréen (2016). Il y a peu de spectateurs parce que peu de films sont importés. On peut toutefois souligner le record d’Intouchables qui, avec ses 1 721 611 spectateurs, a battu l’ancien record de Léon (Luc Besson, 1994, sorti en Corée du sud en 1995). Par contre, Bienvenue chez les Ch’tis n’a pas bien marché (14 289 spectateurs) en raison principalement de la difficulté à traduire les nuances de prononciation des habitants du nord de la France sur lesquelles est fondé en grande partie l’humour du film. Pourtant, le cinéma français demeure encore en Corée une référence pour l’enseignement qui l’inclut dans le cursus à travers la théorie du cinéma.

 Est-ce que le cinéma francophone a inspiré des réalisateurs coréens d’aujourd’hui ? Si oui, lesquels, et pour quels films ?

La plupart des réalisateurs qui ont été inspirés par les films français sont surtout ceux qui ont réalisé des films dans les années 1980, regroupés sous l’appellation de « génération de l’Institut français » (en coréen la « génération de Munhwawon »). Des cinéastes célèbres comme Bong Joon-ho ou Park Chan-wook sont quant à eux issus de la génération suivante, dite « génération de la série B », car ils se sont davantage inspirés dans les années 1990 des films américains de ce type. Si l’on veut citer un cinéaste encore en activité qui s’est clairement inspiré des films français, on peut évoquer Jung-Sung-il. Célèbre critique du cinéma, il est devenu réalisateur en 2009 avec Café noir puis a réalisé Night and Fog in Zona (2015). Cependant, ses films n’ont pas tellement plu aux spectateurs coréens.

 

Est-ce que les Coréens apprécient le cinéma québécois ? Et savez-vous pourquoi ? 

Il est difficile de déterminer si les spectateurs coréens apprécient le cinéma québécois. Ils aiment les films de Xavier Dolan et de Denis Villeneuve, mais pas nécessairement parce qu’il s’agit de cinéastes québécois. Les jeunes, surtout, réagissent aux films de Dolan en raison de sa manière franche de parler de la jeune génération. Ils acceptent les images de Dolan dans la mesure où elles représentent une nouvelle manière d’exprimer les préoccupations de leur génération. On peut donc dire que si les spectateurs coréens aiment les films québécois, ce n’est pas parce qu’ils portent l’étiquette du Québec, mais plutôt pour une certaine universalité des sentiments exprimés. Il me semble d’ailleurs que les films québécois échappent à la tradition de l’identité québécoise et deviennent de plus en plus mainstream.

Un grand merci à M. Park qui lance des projets mettant en lumière le cinéma québécois en Corée du Sud. On espère que cet intérêt grandissant chez les Coréens ne s’arrêtera pas là et qu’il y aura encore de nombreuses opportunités de collaboration afin de présenter et de faire aimer le cinéma québécois à un plus grand nombre de Coréens. 😉

 

 

 

 

 

 


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